Ce jour la, enfin, cette nuit la, 3h du mat', j'ai des frissons, je monte le son (de mon mp3) et je pars pour l'aeroport de Buenos Aires...1er avion depuis ces 7 mois de voyage...a contrecoeur, j'aurais prefere le bus mais...pas le temps. Je m'envole pour le bout du bout du monde, l'ile d'Ushuaia (oui c est une ile) ! Capitale de la mythique Terre de feu !! Rien que le nom d'Ushuaia...je reve deja... Et...j'ai le temps de rever...ce n'est pas la porte a cote ! Pres de 2500 km de distance. Debut d'une longue journee, mon avion a plusieurs heures de retard, puis l'aeroport d'Ushuaia est ferme, panne de radars, on aterrit a 200 bornes de la, 3h du bus de plus ! Arrivee a Ushuaia city ! La ville la plus australe de la planete. Latitude sud : 54° 48'. A quoi ressemble une ville-du-bout-du-monde ? C'est une petite ville coloree et touristique, ouverte sur le Canal de Beagle. Agreable, fraiche, venteuse et entouree d'une belle nature dans laquelle je m'empresse de plonger. 6h de marche dans le Parque Nacional Tierra del Fuego, vegetation vert tendre, rivages du canal de Beagles habite par une quantite d'oiseaux aquatiques, lapins sauvages, et une lumiere sublime ! A Ushuaia, je visite aussi la celebre prison de recidivistes (aujourd'hui musee). Le premier groupe de bagnards a debarque ici en 1896, a l'epoque la terre est vierge. Pas un homme a l'horizon. L'idee du gouvernement argentin etait donc de coloniser l'ile avec les prisonniers en encourageant les familles des bagnards a venir s'installer dans le coin. 11 hommes et 9 femmes volontaires sont d'abord envoyees, tous recidivistes. Ici, discipline severe, on n'y envoyait pas des enfants de coeur mais des durs de durs, prisonniers condamnes a perpetuite ou a longue duree. Puis je m'offre une 'viree pingouins'...un peu cher, moi qui suis habituee a voyager 'low budget' mais je me dis que ca vaut le coup ! Avec un petit groupe d'une dizaine d'autres personnes, j'embarque sur un mini bateau jusqu'a l'ile Martillo. La, une colonie de pingouins est installee, et...privilege...on nous debarque sur l'ile pendant une heure. Des centaines de pingouins tout autour de nous !! Nous marchons, silencieusement et respectueusement a 1 ou 2 metres d'eux, a peine ! Surprise ! Ils sont tout petits, m'arrivent au genou, rien a voir avec le pingouin empereur...A cette epoque, les petits sont nes, ils ont a peine un mois...deja leur taille adulte mais un pelage marron, duveteux de 'nouveau-ne'. Des peluches a la demarche pas toujours assuree...craquants ! D'Ushuaia, je pars pour le Chili...a Puerto Natales. Passage de frontiere tres strict. Le Chili a le controle phytosanitaire le plus severe du continent. Pas le droit de faire passer le moindre morceau de nourriture, graine, plante...Du coup, ca dure des heures...
Frontiere franchie, je me mets en route pour un trek de 3 jours au Parque Torres del Paine. Le paradis des trekkers. La ville-point de depart Puerto Natales regorge de boutiques de trekking. Dans les rues, on ne croise que de la polaire, de la chaussure de marche, des sacs plastiques remplis de 'nouilles-minute', et autre delice culinaire typique du campeur. Premiere journee pour moi, traversee d'un lac en catamaran puis 6h de marche jusqu'a un glacier...Magnifique ballade en bord du 'Lac Gris', teintes lactees, montagnes rondes et verdoyantes tout autour et arrivee au glacier, immense bloc de glace bleute, pose sur le lac. Les premieres gouttes de pluie arrive, pas grave, c'est drolement beau ! Deuxieme journee, c'est parti pour 8h de marche, l'idee etant de grimper jusqu a un superbe point de vue, me dit-on, dominant la 'Valle Frances'. Mais les nuages sont bien noirs bien charges...et en moins de deux, une pluie battante s'abat sur moi (et j'imagine aussi un peu sur les autres...mais ce jour la, beaucoup restent aux refuges et je ne croise pas grand monde). Vent glacial qui colle au corps les vetements trempes, youhou ! Vive la Patagonie ! Aux premiers flocons de neige (! heureusemenet qu'on est en plein ete...je n'imagine meme pas l'hiver !) je decide quand meme de stopper ma montee. Dommage, je loupe le super panorama et marche, sous un seau d'eau continu, 2 (longues!!) heures jusqu a mon prochain refuge. Mais malgre tout, malgre la flotte, malgre le froid, ca vaut le coup d'oeil. Je longe des lacs, tous aux tons differents, petits sentiers de foret, chemins au pied de montagnes etonnantes, couleur marron, blanc, noir... Troisieme jour...c'est pire que la veille ! Un deluge des le matin...Caramba encore rate ! Je ne peux pas aller voir les fameuses montagnes Torres..immanquables parait-il ! (oui, oui, j'ai bien compris que c'etait immanquable, mais je fais c'que j'peux !). Je decide donc de mettre un point final a ce trek, un peu plus tot que prevu. Mais je suis encore au coeur du parc et ai 4h de marche inevitable pour atteindre la sortie. C'est reparti donc pour une douche glacee...le paysage est toujours aussi beau mais la, j'avoue, la tete enfouie dans la capuche, je trace...envie d'arriver vite et de prendre une douche, une vraie cette fois et...brulante ! Retour a la base et depart dans la foulee pour El Calafate, en Argentine. Je repasse donc la frontiere dans l'autre sens. Petite ville assez touristique bordee par le superbe Lago Argentino, bleu ciel, entoure de montagnes. C'est le point de depart pour un autre spot de trekking repute : le village d'El Chalten au pied du Fitz Roy. Pres de 4h de bus plus tard, j'y debarque. Adorable pueblo, tranquille, au creux d'une vallee. Maisons en bois colorees. Je pars pour 8h de marche jusqu'a une lagune, avec vue sur le Fitz Roy au passage. Mais hehe...ca devient comique (si, si) les nuages s'incrustent a nouveau dans mon ciel...et me privent du spectacle...je ne vois que la base du Fitz Roy ! Et, ma foi...jolie base ! ;-) Pour le reste, j'acheterai une carte postale ! Prochain stop...le glacier Perito Moreno ! Autre splendeur du sud du continent...Un des rares glaciers 'stables'. Qui recupere d'un cote, la glace qu'il perd de l'autre. En gros, il perd de la galce d'un cote, mais les vents lui apporte de la neige fraiche de l'autre cote, il garde donc toujours la meme surface. En revanche, il avance. Et meme super vite : 2 metres par jour !! Presque a vue d'oeil ! J'arrive sur le site (et je ne suis pas la seule ! c'est blinde de touristes). Des passerelles ont ete installees pour pouvoir le voir sous toutes les coutures. Impressionnant ! On est vraiment tout pres. Une immense etendue de glace legerement bleutee, 60 m de hauteur et en permanence de gros blocs de glace se decrochent et tombent dans l'eau. C'est le spectacle que chaque visiteur traque desesperemment, camera en main...D'abord, il y a ce bruit sourd, un grondement puissant qui semble venir des entrailles de la terre. La, tous les visages s'affolent, on jette des coups d'oeil a droite a gauche 'ca vient d'ou ? ou ca va tomber cette fois ?' Et si on a la chance d'etre la, au bon endroit, on voit un morceau de glace, souvent enorme, tomber de 60 metres de haut dans un nuage de neige, plonger lourdement dans l'eau...plus rien, puis il remonte, refait surface, puis flotte et s'eloigne du glacier lentement...petit iceberg devenu independant... En permanence, des blocs se decrochent. En permanence on entend ces grondements. Impression que le glacier est vivant, qu'il nous parle. Je reste des heures a le regarder, fascinee par son immensite. Et justement par ce contraste : il y a de la vie, du mouvement dans ce bloc massif de glace dure qui semble pourtant statique et immuable. Je repars impressionnee... D'El Calafate, je decide de remonter un grand coup vers le nord...jusqu'a El Bolson. Soit deux jours de bus ! Et derriere les vitres du bus, les vastes plaines de la Patagonie...c'est plat, plat, plat sur des kilometres...grandes etendues de rien...Juste habitees par un vent de fou qui s'en donne a coeur joie ! |