Apres ces quelques jours riches en emotions 'Guevaresques', je m'apprete a quitter le coin du Che pour repartir sur la ville de Sucre. Rien de plus simple m'assure-t-on (ah ah ! j'en ris encore...). 'Il suffit de prendre un bus, se faire arreter au petit bled de Mataral. Et la, chopper au passage un autre bus, en provenance de Santa Cruz, direction Sucre. Bien, bien, bien, je note. Depart prevu le lendemain. Apres une nuit blanche assez tourmentee (je suis alors toujours malade...avec des hauts et des bas selon les jours mais la...j'etais dans le bas du bas !), je fais un saut a l'hopital. Histoire de rigoler un peu. (Hey, pas n'importe quel hopital hein...l'hopital du lavoir du Che !!! La classe !!). La, les medecins trouvent enfin ce qui me met a plat depuis plus de 15 jours : des parasites, tres courants ici...l'hygiene alimentaire en Bolivie n'etant pas au top, c'est assez difficile d'y echapper. 5-6 medocs par jour et le tour devrait etre joue me dit-on. Bonne nouvelle. Malgre mon etat -deplorable hehe-, je decide de poursuivre le voyage et de monter dans le premier bus. Arrivee a Mataral vers 14h, le bus me jette dehors, mon sac a dos et ma petite personne. Litteralement (a tel point que je n'ai pas le temps de me retourner et de payer, il etait deja reparti !). Mataral, village de quelques centaines d'habitants. C'est surtout une intersection, un point de passage par ou transitent de nombreux bus. La...je me pose sur un petit muret, prete a attendre jusqu'a 21-23h mon deuxieme bus (ca ne fait jamais que 7 a 9h d'attente!). Quelques minutes plus tard, un jeune bolivien, super bouille, s'approche de moi, commence a me parler en espagnol, puis en francais, parfaitement bilingue apres 7 ans passes a Geneve. C'est Hugo, 29 ans. Il m'explique que je suis devant sa maison de famille. Nous sommes un week end de fete, 1er-2 novembre et il attend ses tantes, oncles, cousins qui doivent tous arriver pour la grande fete des morts, tres celebree ici. On papote, on se marre, et tres vite j'ai l'impression de l'avoir toujours connu ! Belle belle rencontre, encore... Meme si je m'efforce de prendre sur moi, je suis toujours assez mal. Adorable, Hugo me propose de venir me reposer dans sa maison familiale, de boire un mate. Je decline l'invitation, un peu genee...Quand, prise d'une nausee subite, je me precipite chez lui et...vomis dans ses banos ! (desolee pour les details)...Comme invitee, on fait plus classe, je vous le concede :-) ! J'accepte donc finalement (!) de me reposer chez lui, une tasse de mate a la main...Hugo, sa mere, ses tantes tous aux petits soins pour moi. Apres une apres-midi avec eux, ils me proposent de rester dormir : 'Une nuit de voyage en bus dans cet etat, ce ne serait pas raisonnable. Et puis, tu vas voir demain, c'est une grande fete, il faut que tu viennes avec nous !!'...Chou, non ?! Je me laisse convaincre, plutot soulagee de pouvoir m'ecrouler dans un vrai lit, et dans un lieu aussi accueillant (etre malade, seule, a l'autre bout du monde, c'est jamais top). On me fait ma chambrette. Et je tombe illico dans les bras de Morphe ! Le lendemain matin, je me sens deja un peu mieux. Nous partons tous au cimetierre. Quelle chance pour moi de pouvoir vivre cette grande fete traditionnelle de l'interieur !! Je suis super contente !! Des couronnes de fleurs en plastique multicolores recouvrent les tombes. Autour de chacune d'elles, des parasols, des bancs, des tables dressees, sur lesquelles tronent des montagnes de gateaux. C'est la tradition, une assiette de gateaux sucres et sales, ainsi qu'un verre de vin est servi a chaque 'invite'. Les familles, sur leur 31, se regroupent entre elles, vont saluer les familles des tombes voisines. Accolades affectueuses, on se donne des nouvelles, on s'embrasse. Puis une femme fait le tour des tombes, passe de famille en famille et vient prononcer une oraison funebre pour chaque mort. La grand-mere d'Hugo est decedee six mois plus tot. L'emotion est palpable. Ambiance recueillie. Mais pas triste. Nous rejoignons ensuite les cousins d'Hugo, sur la tombe de son oncle. Accordeon, tambour, alcool, la, c'est carrement la fete. Et j'adore. Les familles celebrent joyeusement le memoire de leurs defunts. Les cimetierres sont si 'vivants'. En comparaison, notre 1er novembre (sous la pluie en plus, alors qu'ici il fait un soleil de plomb) me parait gris, gris, gris.
L'apres-midi, Hugo et ses cousins m'embarquent a une grande fiesta. En pleine campagne. Terrain vague, orchestre de bal latino, accordeon, percu...et la biere qui coule a flots ! (et je peux vous assurer que, quand ils boivent...ils boivent !). Apres-midi folklo, traditionnelle, dansante, joyeuse...j'avais rarement vecu un premier novembre aussi gai ! Le soir, je remercie chaleureusement toute la famille, la maman d'Hugo, merci pour votre hospitalite, merci pour tout, vraiment, merci aux oncles, aux tantes, accolades en serie, au revoir au revoir. Je fais mon sac et me poste avec Hugo vers 21h sur 'le' muret-arret de bus. Ici, les bus ne s'arretent pas, il faut leur sauter dessus. Les uns apres les autres, on les arrete (enfin surtout Hugo qui court de bus en bus). Las ! Tous les bus en provenance de Santa Cruz sont deja pleins arrives ici. Week end de fete oblige. Les gens voyagent et...pas de place pour moi ! Apres 2h30 de tentatives toutes avortees, je me fais a nouveau inviter par Hugo. Qui est ravi. Et moi aussi. Je retourne chez lui. Pour une deuxieme nuit ! Hola ! Re-bonjouuuuur toute la famille !!
 Le lendemain, logee, nourrie, again par ma famille 'd'adoption' ! decidemment le coeur sur la main. Puis super journee de ballade a moto avec Hugo. Nous filons voir les peintures rupestres du coin, ecrases par la chaleur. Hugo, decidemment une rencontre incroyable. On discute des heures. On se marre, beaucoup ! Une sensation de familiarite...tres etonnante. Hugo, on a du se connaitre dans une autre vie et etre super potes ! Hugo, mon frere bolivien !!
Le soir, rebelotte ! Je re-refais mon sac. Vers 21h, nous voila en place pour attendre mon bus. Et, en effet...on attend...1h...2h...presque 3h plus tard, on finit par comprendre qu'en ce jour ferie, cette fois...des bus, il n'y en a pas ! Aucun. Zero. Et moi, a nouveau, coincee (pour mon plus grand bonheur ! hihi) dans cette bonne bourgade de Mataral ! Je reprends mon sac, direction ma chambrette (je commence a connaitre le chemin). Et hop ! Une troisieme nuit dans la maison d'Hugo ! Du coup, on part boire un verre (ou deux) pour feter ca, hehe. Le lendemain, Hugo doit rentrer a Santa Cruz, ou il habite. Moi, plutot que de risquer d'etre coincee a Mataral une 4e nuit (et cette fois tuuute seule!) je decide de partir aussi a Santa Cruz, prendre mon bus directement 'a la source', histoire d'etre sure d'avoir un siege. Ce qui est un peu stupide puisque ca me fait retourner d'ou je viens...8h de trajet pour rien...(4h pour aller a Santa Cruz acheter mon billet. Et 4h plus tard, je passerai en bus par Mataral, precisemment devant ce petit muret que je commence a connaitre par coeur ! Mais bon). Hugo m'emmene donc a Santa Cruz. Bonheur total ! 5h de ballade a moto, sur les splendides routes boliviennes, dans les montagnes verdoyantes !!  Arrivee a Santa Cruz, je file au terminal et...hehe, devinez quoi...tous les bus sont deja pleins a craquer ! 4e echec !! Depart possible le lendemain, pas avant...allez savoir pourquoi, j'avais comme un pressentiment ! Du coup, je passe encore une chouette soiree avec Hugo et son cousin. Puis une partie du lendemain. Cette fois, l'heure du depart approche. Le bus est la, il va partir et moi avec ! Incroyable, non ?! Un bus que j'aurais attendu...4 jours !
Encore une fois, pour mon plus grand plaisir. Ce fut un bonheur d'etre coincee a Mataral, de rencontrer Hugo, sa famille, de decouvrir et de vivre ce grand week end de fete 'en famille'. Hugo, je te l'ai deja dit mais ces 5 jours avec toi furent...top. Pour ton hospitalite et pour tout le reste, merci!! |